Mehdi (P17), n'avait pas prévu de devenir président de l'association de gestion des 6 000 m² en plein 6e arrondissement de Paris qu’est la Maison des Mines, la Meuh, et que les associations d'anciens des trois écoles possèdent et exploitent. Mais quand le sondage qu'il a lui-même lancé auprès des résidents, quand il l’était lui-même, a révélé des dysfonctionnements profonds, il a tiré les conclusions qui s'imposaient : quelqu'un devait agir. Et ce quelqu'un, c'est lui. Aujourd'hui réélu pour un deuxième mandat de quatre ans, il pilote la transformation de la « Meuh » avec une énergie peu commune, quitte à y passer beaucoup de nuits et de week-ends.
Un parcours entre territoires et politiques publiques
Après Mines Paris, Mehdi a approfondi sa formation par un Master II en géopolitique locale et gouvernance territoriale à Paris VIII, en alternance chez Systra, un bureau d'études spécialisé dans les transports et l'aménagement. Une façon de mettre des mots sur ce qui l'intéresse vraiment : les territoires, les politiques publiques et les enjeux de la ville.
Depuis plus de deux ans, il exerce au ministère des Transports, au sein de la Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités. Il y est chargé de l'évaluation socio-écologique de grands projets d'infrastructure (Grand Paris, TGV, autoroutes, contournements routiers, SERM) en concertation avec les porteurs de projets, de SNCF Réseau aux régions en passant par les DREAL. Un poste à la croisée de la technique, de l'économie et du politique, qui forge le sens des arbitrages complexes.
À la tête de Meuh pour des résultats concrets
L'histoire commence par un sondage. Résident de la Meuh en troisième année, Mehdi observe ce qui ne fonctionne pas mais reste concentré sur ses études. C'est en conduisant une enquête auprès des résidents qu'il prend la mesure du problème, et que la sincérité des réponses le convainc qu'il faut agir. Le rapport atterrit sur le bureau de Philippe Kalousdian, président de MPA, qui y voit le point de départ d'une nécessaire reprise en main.
Car la situation est sérieuse : non-conformités multiples dans le bâtiment, tensions juridiques autour de la loi Elan qui oblige les petites SA HLM à se rapprocher de structures plus grandes, et une direction contestée. MPA, actionnaire majoritaire, prend les décisions qui s'imposent : des audits sont diligentés et une nouvelle équipe est mise en place, dont Mehdi, nommé à la présidence de l'association de gestion alors qu'il vient tout juste de sortir de l'école.
Quatre ans plus tard, alors que Mehdi est président de l’AssoGe depuis octobre 2025, le bilan de ce premier mandat et des dix derniers mois est concret. Sous sa direction, six chantiers ont été lancés simultanément : mise en conformité comptable, ouverture du logement à de nouveaux profils étudiants (avec un taux d'occupation passé de 64 % à 80 % entre mai 2025 et mai 2026), lutte contre les nuisibles, renforcement de l'équipe salariée, rafraîchissement des espaces communs, et digitalisation complète du processus de réservation des chambres.
En parallèle, une étude de rénovation de grande ampleur a été lancée avec une architecte du patrimoine, vu que rien de significatif n'avait été fait depuis 1995, avec à l'horizon, des travaux dans deux ou trois ans, possiblement par tranches pour limiter la perte de lits.
Tout cela représente beaucoup de travail : près de deux jours de travail par semaine, éventuellement le soir et les week-ends. Voire des jours de congés posés. Mehdi le dit sans se plaindre, mais sans minimiser non plus.
Ce qu'on apprend quand on n'avait pas prévu d'apprendre
Agir pour lutter contre les injustices
Ce qui a mis Mehdi en mouvement, c’est le constat d'une situation qui ne va pas, et le refus de l'accepter. Venu d'Amiens, il a lui-même bénéficié de la chance d'un logement à Paris pendant ses études et sait ce que cela représente. Rendre la Meuh digne de cette fonction, c'est une forme de dette acquittée.
L'engagement bénévole comme une deuxième école
À 26 ans, Mehdi était déjà DG d'une SA HLM, certes petite, mais réelle : avec ses enjeux juridiques, ses chantiers de travaux, ses obligations comptables et sa gestion humaine. Ce que lui a appris cette expérience en droit, en gestion de projet, en encadrement d'équipe, aucune formation n'aurait pu le lui donner aussi vite.
Cet apprentissage, il l’a aussi fait dans le cadre des conférences Décider : interviewer François Hollande en octobre 2025 a été un défi qu’il a su relever, non sans une bonne dose de stress.
Savoir s'effacer pour rendre les autres autonomes
Mehdi n'est pas dans la posture du chef qui décide de tout. Son objectif affiché est de rendre son équipe (la direction de la Meuh et ses salariés) autonome dans ses prises de décision. « Je n’avais jamais fait l’expérience d’un poste d’encadrement. Certaines situations nécessitent évidemment un encadrement directif mais j’ai vocation à m’effacer au fur et à mesure de la montée en autonomie des équipes.» Une maturité de gouvernance que beaucoup de managers chevronnés peinent à atteindre.
Les softskills, le vrai impensé du bénévolat
Le principal obstacle qu'il identifie dans l'engagement associatif, ce ne sont pas tant les contraintes techniques ou juridiques, que les rapports humains. Dans un collectif de bénévoles, dans la mesure où personne n'est tenu de rester, chacun donne ce qu'il veut bien donner. La gestion des égos, les façons de travailler différentes, la capacité d'écoute (ou son absence !) peuvent fragiliser toute une dynamique. Sa recommandation est concrète : former les bénévoles à l'écoute active, à la bienveillance, à l'assertivité. « Ce sont de vraies compétences pour les associations. »
Bien sûr, les situations de crise existent et nécessitent une décision et une action urgentes, quitte à écarter pour un temps la concertation. Mais il me semble qu’une structure saine cherche à prévenir ces situations d’urgence au maximum pour laisser fleurir et se répondre les initiatives et les avis de chacun.
La Meuh n'est pas qu’un dortoir
Derrière la gestion quotidienne, Mehdi porte une vision. La Maison des Mines a le potentiel d'être bien plus qu'un lieu d'hébergement : un espace de rencontres ouvert sur la ville, où des étudiants d'autres horizons côtoient des mineurs, où des associations louent des salles, où se croisent des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. « Sortir du microcosme Mines, faire venir des personnes différentes pour favoriser les rencontres », c'est l'objectif qu'il se fixe pour la suite.Commentaires0
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