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Nicolas Plantier et Lucien Lacassin, P21 : l'industrie, ça ne s'invente pas

Portraits

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28/07/2026

Ils ont vingt-cinq et vingt-trois ans, travaillent l'un à La Rochelle sur la ligne TGV d'Alstom, l'autre en R&D procédés chez Saint-Gobain Isover. Ils se sont rencontrés aux Mines Paris, et ont partagé le même constat : pas de club industrie dans une école pourtant riche d'alumni dans le secteur. Ils ont donc décidé, il y a un an et demi, de combler ce vide. Le résultat s'appelle Mines Industrie. En moins d'un an, quatorze événements, 550 personnes touchées, des visites d'usines inédites et un cycle thématique sur la défense encore en cours. Pas mal pour un projet qui était, au départ, « assez flou ».

 

Deux parcours, un secteur

Nicolas est ingénieur méthodes chez Alstom à La Rochelle, en bord de chaîne sur le produit TGV. Son option à Mines Paris : systèmes de production et logistique. Le monde industriel, il l'a approché tôt, avec des stages notamment dans l'automobile, chez Toyota. Opérationnel, concret, en prise directe avec les flux et les process.

Lucien, lui, est arrivé à l'industrie presque par hasard : un premier stage chez Saint-Gobain, et une révélation, la physique appliquée à des problématiques réelles, dans des usines où ingénieurs, techniciens et ouvriers travaillent ensemble. Aujourd'hui en R&D procédés chez Isover, il travaille sur l’amélioration du fibrage, un projet bien concret.

Ce qui les réunit, au-delà du secteur, c'est la complémentarité : industrie lourde et process d'un côté, automobile et production de l'autre. Deux entrées différentes dans le même monde, ce qui leur permet de représenter une bonne partie de ce que recouvre le mot « industrie ».

 

Mines Industrie : de l'idée à l'événement

Tout commence après un amphi de Théophile Cantelobre en troisième année. Nicolas, qui le connaissait déjà comme chargé de TD en maths, l'entend proposer des missions bénévoles. Le déclic : pourquoi n'existe-t-il pas de club industrie à Mines Paris, alors que le réseau regorge d’alumni dans le secteur ? Un mail, un échange avec Lucien[LL1] , et le projet démarre, encore flou sur ce qu'il veut apporter exactement.

La réponse se précisera vite autour de deux objectifs : donner une image différente de l'industrie à ceux qui ne la connaissent pas encore, et ouvrir des opportunités de carrières concrètes dans ce secteur au sein du réseau alumni.

Le format choisi : des cycles thématiques de plusieurs mois, avec deux ou trois événements, autour d'un même fil directeur. Lean management, transition écologique de l'industrie, passage à l’échelle des startups industrielles, Défense… chaque cycle mêle conférence, table ronde avec praticiens et théoriciens, et visite de site industriel. En un an, quatorze événements, entre quarante et cent participants par conférence, dix à douze par visite. Cinq personnes dans l'équipe, dont deux élèves de la P22 qui organiseront le prochain cycle.

L'aide extérieure ? Limitée, mais bien ciblée : le soutien de Théophile à MPA, celui de Godefroy Beauvallet, DG de l’École, et des alumni qui répondent présents facilement : « L'image de MPA est très bonne, les gens acceptent volontiers », note Nicolas. C'est notamment le cas de Solène Demay P14, croisée dans un événement et qui finit par intervenir elle-même lors d’une table ronde.

 

Les points clés

Un sujet qui dépasse le club

Derrière Mines Industrie, il y a une conviction partagée : l'industrie est un angle mort du débat public autant que des grandes écoles. Lucien le formule sans détour : usines qui ferment, territoires qui s'éteignent, emplois qui disparaissent. Nicolas parle de « cohésion sociale » et d'« intérêt général ». Ni l'un ni l'autre n'a créé ce club pour remplir un CV. Ils le répètent : dans l'industrie, les gens ne font pas semblant de croire à ce qu'ils font.

Apprendre autrement

Le bénévolat leur a imposé une discipline nouvelle : creuser les sujets en profondeur, lire, préparer, comprendre avant d'organiser. Lucien cite un livre sur la désindustrialisation de la France comme déclic. Nicolas évoque des échanges en coulisses avec des directeurs industriels aux parcours qu’aucune page ne peut restituer. « C'est une nouvelle façon d'apprendre, et c'est très enrichissant intellectuellement. »

La gratitude comme moteur inattendu

Si c’est la conviction qui les a poussés à lancer le projet, ce qui les fait tenir dans la durée, c'est autre chose : « Les gens sont reconnaissants du travail effectué. Ce n'est pas ce qui nous a fait commencer, mais c'est ce qui nous fait continuer », dit Lucien. Et ce n’est pas de la flatterie mais de la reconnaissance réelle, de la part d'alumni qui voient dans ces événements quelque chose qui leur manquait.

Le vrai obstacle : la distance et le temps

Les difficultés ne manquent pas. La charge de travail, d'abord : 95 % de préparation pour 5 % de travail le jour J. La distance géographique ensuite : Nicolas travaille à La Rochelle, les usines visitées sont souvent hors de Paris, et maintenir l'énergie sur le long terme à distance demande un effort spécifique. Les participants et les organisateurs paient leurs billets pour se rendre aux visites. Et certains thèmes clivent : « il faut savoir recevoir la critique ».

Un conseil simple : ne pas trop se poser de questions

À ceux qui hésitent, Nicolas est direct : « On ne risque rien et on ne peut qu'y gagner. » Lucien complète : on surestime généralement le temps que ça prend. Une à deux heures par semaine en moyenne sur l'année, pour un retour bien supérieur à l'investissement. Et pour ceux qui ne savent pas par où commencer, rejoindre un club professionnel existant est, selon lui, le bon point d'entrée, avant, éventuellement, d'en créer un.


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